L’IDÉAL ORATORIEN DE LA SAINTETÉ CHEZ NEWMAN

Fr. R.-Ferdinand POSWICK, o.s.b.

Études newmaniennes n° 27 (2011)

Le travail de traduction des Écrits Oratoriens de Newman si brillamment présentés et publiés par mon confrère, le P. Placid Murray de Glenstal Abbey (Irlande)[1] fut pour moi, principalement, de l’ordre de la lectio divina. Une lecture cordiale, mais avec toutes les ressources d’intelligence du texte, qui doit permettre de rejoindre le personnage concret, la personnalité réelle de celui qui avait rédigé ces textes[2] : cor ad cor loquitur.

Le travail de traduction des Écrits Oratoriens de Newman si brillamment présentés et publiés par mon confrère, le P. Placid Murray de Glenstal Abbey (Irlande)[1] fut pour moi, principalement, de l’ordre de la lectio divina. Une lecture cordiale, mais avec toutes les ressources d’intelligence du texte, qui doit permettre de rejoindre le personnage concret, la personnalité réelle de celui qui avait rédigé ces textes[2] : cor ad cor loquitur.

Malgré quelque 35 années d’un travail sans cesse remis sur le métier après des périodes d’abandon pour d’autres priorités, je n’ai guère eu le temps de passer au travail systématique qu’eût demandé une publication de ces textes en français avec tout l’apparat critique que permettrait l’énorme volume de publications sur et autour de la personnalité de Newman depuis 1975, voire depuis la publication de Dom Murray (1969)[3].

Pour situer correctement l’idéal oratorien de la sainteté chez Newman, il faudrait pouvoir faire le même travail contextuel minutieux que celui présenté par le Professeur Vaiss[4], en l’étendant à l’ensemble de la vie oratorienne de Newman. J’en retiens très sommairement, comme une toile de fond, que, selon le Newman anglican, pour toute conversion authentique, le croyant justifié par la grâce de sa seule foi doit nécessairement, pour son salut, suivre un « cheminement de sainteté » !

Heureusement, d’autres que moi, bien plus savants en ce domaine, en ont fait un champ privilégié de recherche, recherche également portée par cette connaissance cordiale que permet une perspective vocationnelle partagée. Outre ses travaux sur saint Philippe Neri et Newman[5], Keith Beaumont a remarquablement résumé tout ce qu’il faut savoir sur Newman en tant qu’Oratorien[6]. Je condense ici l’essentiel de ce qu’il en dit pour fixer un cadre à partir duquel nous pourrons préciser les caractéristiques oratoriennes du cheminement de sainteté que nous propose Newman.

Tout d’abord, le choix de l’Oratoire par Newman correspond à un parcours vocationnel au sein de l’Église catholique qui est dans le prolongement direct du passage de ses conversions anglicanes à sa conversion catholique. Prolongement d’une vocation pastorale et missionnaire, attentive à l’éducation et aux pauvres, une vocation ancrée dans une vie de prière.

L’Oratoire constitue, dans le chef de Newman et de ses compagnons, une sorte de « voie médiane » entre la vie religieuse et celle d’un simple prêtre séculier. Il offre également la possibilité de mener de front action pastorale et travail intellectuel dans le cadre d’une règle de vie très ouverte : il s’agit plus d’un « esprit » (celui de saint Philippe Neri) que de contraintes juridiques et canoniques nombreuses et précises. Cette forme de vie pouvait s’adapter aux imprévus de développements nouveaux tout en assurant la stabilité d’une Tradition enracinée dans l’histoire ; et, en prime, cela pouvait avoir l’aspect confortable, aisé et heureux d’un genre de vie qui pouvait ressembler de très près à la vie d’un college d’Oxford, mode de vie si prisé par Newman et ses compagnons.

La fondation de l’Oratoire en Angleterre se fera dans cette perspective en quelques étapes initiales : déménagements jusqu’à la fixation à Edgbaston (Birmingham), définition plus précise de l’esprit propre de la fondation newmanienne par distinction de l’esprit des oratoriens de Londres avec lesquels un bref essai de communion n’aboutira pas … et laissera même des traces de longue durée dans l’affirmation du caractère propre de l’Oratoire newmanien[7].

L’idée newmanienne de la vie oratorienne implique un retour à la ferveur et aux formes des communautés des premiers temps de l’Église et donc un retour aux sources premières de la vie monastique. Elle consiste en une intériorisation de la loi et des règles. Mais, contrairement au monachisme originel, l’Oratoire de Newman est une institution cléricale (même si elle est ouverte aux laïcs), capable de former et de soutenir dans leur vie et leur apostolat de bons prêtres séculiers ; à ce titre, elle est un lien entre séculiers et réguliers. Elle permet de combiner travail pastoral et recherche intellectuelle, visant même l’excellence au niveau de la recherche. Cela se vit dans le cadre d’une forme de gouvernement simple, direct, démocratique, qui se comporte de façon solidairement loyale, bien qu’avec souplesse, envers la hiérarchie catholique. C’est une institution capable d’essaimer pour créer d’autres communautés, tout en favorisant un climat d’attachement et de persévérance dans un home vraiment familial.

Au plan spirituel, on notera l’importance centrale de la charité fraternelle d’où découle la nécessité pour les membres de la communauté de n’avoir tous qu’un seul cœur et une seule âme. Et cela, non par contrainte, mais comme un principe vivant intériorisé en chacun et qui appelle une obéissance mutuelle absolue. En sorte que, même si chacun est encouragé à gérer correctement ses biens personnels dont il continue d’avoir la jouissance, sa personne ne lui appartient plus : elle est soumise à toutes les instances de la communauté. Cette soumission interpersonnelle est la seule vraie ascèse, et mortification, le principal laboratoire d’une perfection atteinte seulement dans l’accomplissement parfait des devoirs quotidiens ; parmi ceux-ci une vie de prière intense et régulière reste première.

Je suis parfaitement d’accord avec cette synthèse de Keith Beaumont. Et je pense que si l’on reporte ce cadre à la vie personnelle de Newman, la première marque de sainteté est cette description de la vie oratorienne, tirée de ses propos : elle constitue effectivement un portrait très exact de ce qu’il a vécu au jour le jour s’adaptant aux circonstances comme aux relations fraternelles de la communauté telles qu’il les avait abordées dès 1848 et dans lesquelles il persévéra, sans dévier en rien de son « idée » initiale, jusqu’à sa mort (1890).

Nous allons voir cela à travers quelques traits plus spécifiques puisés dans les Écrits Oratoriens tels que publiés par Dom Placid Murray. Il faut le signaler : en se limitant à cette source qui comporte 43 textes de Newman, on se réfère à deux genres littéraires principaux. D’une part, 22 conférences capitulaires données à ses confrères ou aux novices de l’Oratoire ; d’autre part, des textes à caractère plus « normatif » (encore que ce concept ne convienne pas vraiment dans le cas de l’Oratoire tel que le voit Newman) sur la vie de la communauté et la façon de la présenter (13 textes). Les autres textes sont des correspondances, et, mis en Appendice dans l’édition de Murray, des documents qui peuvent éclairer certains aspects des écrits oratoriens présentés[8].  

Dès lors, riche de tout ce que j’ignore, je puis vous faire partager ce qui m’a semblé le plus caractéristique, le plus original, le plus nourrissant pour la vie spirituelle dans ces Écrits. Grâce à eux, nous conservons les traces de la pensée et de l’action de Newman comme maître de spiritualité ayant incarné lui-même ce qu’il avait établi et prôné pour cheminer en chrétien vers la sainteté.

Je laisserai de côté un des deux aspects spécifiques du cheminement qu’il propose : celui de la vie, des devoirs et des qualités que l’on attend d’une vocation sacerdotale. Le P. Placid Murray en avait fait le sujet de sa thèse de doctorat, publiée comme une longue introduction à son édition des écrits oratoriens de Newman[9].    

Newman ne manque pas d’insister, en effet, sur le fait que le caractère propre de l’Oratoire tel qu’il veut l’établir, est d’abord celui d’une association de prêtres[10] et sur le fait que l’engagement dans cette vocation sacerdotale comporte ses propres exigences de cheminement vers la sainteté[11]. Mais il revient sans cesse également sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une vie de simple prêtre séculier, aussi bon soit-il, ni non plus d’une vie de religieux qui serait aussi prêtre, mais que le cheminement propre de l’Oratoire est caractérisé par la vie commune choisie et menée par un petit groupe de bons prêtres. C’est donc de ce côté qu’il faut chercher les caractéristiques proprement oratoriennes du cheminement de sainteté choisi, vécu et proposé par Newman.

Cinq traits, cohérents en eux-mêmes et dans la pensée de Newman, me semblent former le caractère oratorien de la vie sacerdotale en quête de sainteté qu’il propose[12] : la charitable affection mutuelle, son enracinement humain individuel dans la gentlemanlikeness, son enracinement topique dans l’ascèse de la vie commune en un lieu bien précis, son enracinement chronologique dans la perfection de l’instant et de la durée, et, enfin, l’humilité d’esprit, de cœur et de pratique (l’homme « désarmé ») qui seule permet de vivre ces quatre traits selon l’esprit de saint Philippe Neri.

1.  La charitable affection mutuelle, fondement de la vie commune

On prête à Voltaire des propos désabusés sur la vie dans les couvents et monastères de son époque : « Ils s’assemblent sans se connaître, ils vivent ensemble sans s’aimer et ils meurent sans se regretter ! »[13]. À l’exact opposé, Newman fait de la relation personnelle affectueuse, respectueuse, profonde et fidèle, le fond et la norme d’une authentique vie oratorienne.

Ce que les oratoriens furent dans le culte, ils le furent encore plus nettement dans leur comportement social : en place de vœux ou d’impositions contraignantes, ils croyaient suffisant d’avoir l’amour chrétien, et ils cultivèrent cet amour, à l’égard de Dieu et de l’homme et les uns pour les autres, dans l’esprit de ce grand Apôtre pour les écrits inspirés duquel saint Philippe avait une dévotion spéciale.[14]   

Chacun doit être lié par un attachement personnel ; chacun doit se placer lui-même dans l’esprit des autres, et essayer de les comprendre, de prendre leur conseil, de les comprendre à demi-mot, et de leur être agréable.[15]

Donc, autonomie d’action, débrouillardise, attention, sensibilité fraternelle, connaissance des caractères, tact, bon jugement, sont les caractéristiques d’un oratorien[16].  

Ce type de caractéristique est alors illustré d’abord par le contraste entre l’oratorien et le jésuite tel que Newman les voit dans leurs traits propres, mais également à partir de deux exemples tirés de ses études classiques : la différence entre l’organisation au combat de la phalange grecque et de la légion romaine (où la supériorité de la légion lui vient de la plus grande autonomie donnée à chaque combattant… l’oratorien se trouvant du côté de la légion !), ou encore, de la différence entre Athéniens et Spartiates dans leur préparation à la lutte (où la supériorité des Athéniens leur vient d’une éducation « sans contrainte » qui leur insuffle un certain « esprit » pour le jour de l’épreuve, là où les Spartiates se gâchent la vie par de durs et incessants entraînements, mais risquent de ne pas avoir le bon réflexe au moment du combat… l’oratorien se trouvant du côté des Athéniens !).

La conférence capitulaire du 30 juin 1848 porte directement sur cette « charité fraternelle » :

Nous savons que saint Philippe fonda sa Congrégation sur la charité en en faisant la marque distinctive par laquelle ses enfants seraient différents des Réguliers, en sorte que ce que les Réguliers faisaient par observance pour la sainteté de leur vœu, l’oratorien ait à le faire par amour. À la place des vœux devait se trouver l’amour.[17]   

Mais le cheminement vers cet amour fraternel est long et difficile : 

[N]ous ne pouvons pas soudain, à coup de volonté et d’efforts, nous mettre dans un tel état. Nous ne pouvons pas avoir un amour personnel pour des individus sans passer par une longue discipline pour l’obtenir, ni sans beaucoup de prudence et de circonspection ou sans bien les connaître et sans observer beaucoup de règles précises.[18]  

Pour cela il faut divers types d’actions ou d’attitudes volontaires. Newman en conseille ici une dizaine :

a)         « Porter les fardeaux les uns des autres selon les propos de l’Apôtre (Ga 6, 2) : “que chacun à sa place ne fasse pas seulement son propre devoir, mais essaie de supporter et de chérir les autres dans les leurs propres” »[19].  

b)        « [Aider les autres] avec délicatesse, avec chaleur et bonhomie, qu’ils puissent avoir le sentiment non d’un empiétement, mais d’une réelle gentillesse »[20].

c)         « Cacher, dans la mesure où l’honnêteté le permet, les imperfections ou erreurs des autres […] en insistant sur leurs points forts ou les aspects aimables de leur caractère, de façon à s’attacher à ce qu’il y a de meilleur en eux »[21].

d)        « Éviter toute observation critique inutile »[22].  

(e)        « Ne pas dire quelque chose derrière le dos de quelqu’un que nous ne lui dirions pas en face »[23].  

f)         « Quand nous voyons ou pensons voir quelque chose qui va de travers, grande ou petite, ne pas en parler, mais le signaler privément à la personne que cela concerne (c’est-à-dire au responsable) »[24].  

g)         « Avoir tout en commun [alors que chacun gère ses propres finances car] notre propriété est à nous […] mais nos personnes, si je puis ainsi m’exprimer, ne sont pas à nous : notre temps, notre pensée, nos troubles, nos capacités ne sont pas à nous »[25].  

h)        « Ayant le sentiment que nous aimons les autres et leur souhaitons du bien, nous devrions croire en retour qu’ils sont en toutes choses nos amis les meilleurs, les plus aimables et les plus fidèles »[26].  

i)          « Nous devrions essayer de ne pas être effrayés les uns par les autres […] et nous devrions sentir que nous n’avons pas besoin de colorer ce que nous disons […] tout en prenant garde que notre simplicité ne dégénère pas en rudesse ou indélicatesse »[27].  

j)          « Nous devrions avoir aussi peu de secrets que possible [entre nous] »[28].  

Et, pour conclure cette fine description psychologique des principaux écueils relationnels dans une vie de communauté – et cela vaut également pour la vie en société d’un « homme du monde » que les Anglais désignent sous le titre de gentleman – Newman se tourne, comme saint Philippe, vers les nombreux passages des Lettres de saint Paul qui évoquent déjà à peu près les mêmes exigences au niveau des relations personnelles dans les premières communautés chrétiennes (Romains, chapitres 12, 14, 15 ; Ephésiens, chapitres 4 et 5 ;  Philippiens, chapitre 2 ; Colossiens, chapitre 3, longuement cité)[29]. Pour les fondements de la vie religieuse, c’est donc le modèle évangélique paulinien qui semble prévaloir dans la vision de Newman, plutôt qu’un modèle dérivé des Béatitudes ou d’autres textes plus directement liés à ce qui est rapporté de la prédication de Jésus de Nazareth.

On retrouve des propos analogues dans la conférence du 27 septembre 1848, reprise pour les Novices le 30 octobre 1850 :

Notre grand devoir […] c’est la charité, c’est-à-dire la charité à l’égard de chacun des autres, un très parfait amour dans l’union des esprits et l’ouverture du cœur, car selon les mots de l’Apôtre, « [la charité] est patiente, elles est dévouée. La charité n’est pas envieuse, elle n’est pas infatuée ni hautaine […] elle ne cherche pas son intérêt, elle ne s’emporte pas, elle ne tient pas compte du mal » (1 Co 13, 4-5). Et cela particulièrement, bien sûr, dans le domaine de l’amour fraternel et d’une affection qui tend à ressembler à celle des liens du sang. Dans notre règle et les écrits de nos Pères des premières années, nous avons beaucoup entendu parler de cette affection fraternelle qui tenait lieu de vœux et qui servait de lien entre deux oratoriens, comme étant le principe d’unité et la vie de la Congrégation.[30]   

Et il poursuit : « [il faut pouvoir] céder l’un à l’autre ; être sensibles l’un envers l’autre ; être tendres l’un pour l’autre »[31].

Le fondement de cet amour est théologique, et même, plus précisément christologique. C’est ce qui ressort de la façon dont Newman voit la qualité du célibat consacré (encore que l’oratorien s’y engage non au titre de son engagement spécifique pour l’Oratoire, mais plutôt en tant que « bon prêtre ») : « La virginité d’une âme chrétienne est un mariage avec le Christ », en effet, « la virginité de l’Évangile n’est pas un état d’indépendance et d’isolation ou d’orgueil triste, ou d’indolence stérile, ou d’affections refoulées : l’homme est fait pour la sympathie, pour l’échange d’amour, pour le renoncement en faveur d’un autre qui lui soit plus cher que lui-même »[32].

Et ce que Newman ressentira comme le plus néfaste dans la querelle qui l’obligera à tancer les Pères Décennaux pour leur attitude et leurs agissements en son absence – il était alors à Dublin –, c’est le manque de tact à son égard : « Il n’y avait aucune sympathie pour moi, pas même dans l’expression […] personne ne semble avoir pris la défense du Père Supérieur en son absence […] on a parlé sur le Supérieur derrière son dos »[33].

Un texte plus élaboré, les Remarques sur la vocation oratorienne (1856), dont on a un brouillon et qui sera ensuite imprimé dans la version définitive telle qu’approuvée par la Congrégation, redit encore cette primauté de la relation fraternelle comme seul fondement de la vie de l’oratorien :

ce à quoi l’on s’attend le moins et qui est une des caractéristiques les plus indéniables de notre vocation, est qu’elle est fondée sur l’affection humaine, ou encore qu’elle est un attrait et (une vocation) en faveur d’un groupe déterminé de personnes. La carità […] qui doit tenir lieu de vœux pour nous, n’est pas une pure grâce surnaturelle […] mais une sorte d’amour mélangé ou à deux faces que saint Paul ressentait, par exemple, pour ses convertis : il les aimait non simplement comme les fils régénérés de Dieu, mais comme ayant été associés d’une certaine façon à sa propre histoire.[34]  

Newman montre donc un sens aigu de l’incarnation. Il ne s’agit pas d’un amour platonique : « Ainsi ils seront liés les uns aux autres de façon plus intime avec ce lien d’amour qui est créé par l’intimité quotidienne et ils pourront posséder cette connaissance du caractère individuel que procure une telle intimité, et ils pourront tous ressentir l’influence d’un visage familier »[35]. Et dans la version imprimée d’août 1856 : 

[N]otre perfection ne se forge pas dans le sacrifice de l’affection humaine ou des attaches personnelles. Au contraire, l’amour des uns pour les autres, l’amour de l’Oratoire comme d’un foyer, sont une des caractéristiques, un des liens et un des devoirs de ses Pères. […] Saint Philippe […] nous demande dans sa règle « de nous lier plus intimement les uns aux autres dans l’amour », « par les relations quotidiennes », et « par la connaissance journalière des allées et venues les uns des autres » et de même par l’observation réaliste des « attitudes familières ». D’ailleurs, chaque maison est désignée comme une « famille » et le supérieur est le « Père ». 

C’est la raison pour laquelle la communauté ne doit pas être trop grande […] car, alors, cette connaissance exacte et cette intimité d’affection des uns pour les autres ne peut exister.[36]  

L’écrit oratorien n° 30, un Mémorandum d’avril 1857 portant sur l’incorporation à l’Oratoire de Birmingham de Henry Ryder, le montre avec finesse. Si un candidat a l’impression d’être attiré vers l’Oratoire par des sentiments très humains d’affection, d’estime et d’amitié, craindre de n’avoir pas une vraie vocation religieuse et donc oratorienne serait un scrupule mal placé : la grâce doit faire confiance à la nature dans l’appel à la vocation oratorienne.

Newman le redira de façon plus lapidaire dans la conférence qu’il donnera aux Novices (à ce moment Georges Crawley et Henry Ryder, devenu Père Ignatius) : « la norme de l’assimilation [à l’Oratoire] n’est pas simplement la Règle ou n’importe quelle idée abstraite d’un Oratoire, mais le groupe actuel bien précis et localisé, hic et nunc, auquel on vient s’assimiler »[37].

Et cette idée sera constante chez Newman puisqu’on la retrouve trente ans après les débuts de l’expérience oratorienne :

C’est pour cette raison que je n’ai jamais souhaité, jamais aimé un grand Oratoire. Mon ambition se limitait à douze prêtres en activité. On ne peut pas aimer beaucoup de gens en même temps ; on ne peut réellement avoir beaucoup d’amis. Un Oratoire est une famille, un foyer ; […] on peut dénombrer une famille ; là seulement, dans l’ordre naturel, on trouvera les noti vultus [visages connus] dont parle la Règle.[38]

2.  L’enracinement humain de la grâce oratorienne : gentlemanlikeness

Ce « fil de soie »[39] d’une authentique et vivante amitié fraternelle ancrée dans la foi est le seul sceau et garant d’unité de la communauté oratorienne et ne peut tenir que si l’on donne tout son réalisme à l’humanité qui porte cette grâce.

Cette humanité – c’est beaucoup plus qu’un « humanisme » surtout en régime chrétien et certainement dans la pensée de Newman – est proposée, dans les écrits oratoriens, sous une forme héritée de saint Philippe Neri, d’une part : la communauté comme foyer (nidohome) de l’oratorien ; et sous une forme plus typiquement empruntée au contexte propre de l’implantation anglaise : l’oratorien comme gentleman. Sans ces deux fondements clairement et consciemment vécus au niveau de la nature, Newman ne voit pas comment se bâtirait la grâce d’un authentique cheminement de sainteté propre à l’oratorien.

Commençons par ce fondement individuel, ce soubassement valable tant pour la vocation sacerdotale nécessaire à l’émergence d’une vocation oratorienne qu’à la gestion dans la durée d’une telle vocation et, dans ce dernier cas, indispensable à une vie oratorienne aux yeux de Newman.

Dès le Mémorandum envoyé au Cardinal Fransoni le 14 février 1847 – Newman est alors au Collège de la Propagande à Rome – il évoque « notre caractère et les habitudes de notre vie antérieure, notre façon de penser » comme des éléments peu compatibles avec une vocation de jésuites malgré l’estime qu’il a pour leur mode de vie, mais justifiant, par contre, le choix d’une vocation oratorienne[40]. Dès sa troisième conférence capitulaire, il s’étend sur cette caractéristique : Philippe Neri avait autour de lui des gentlemen. Newman justifie alors que ce caractère, chez les premiers Pères de l’Oratoire romain et italien, fait partie du caractère propre de leur sainteté. Et il ajoute : 

Il ne s’ensuit pas, parce que le raffinement n’a pas valeur de sainteté, qu’il est superflu ou inutile quand il lui est joint. Il peut mettre en valeur et manifester une sainteté intérieure, tout comme le don d’éloquence met en valeur un argument logique. […] Mais plus que cela, je crois que l’on peut dire que le vrai raffinement des pensées, de la parole, des manières, est le résultat naturel de la sainteté chrétienne et un résultat nécessaire quand on veut la pousser jusqu’à l’accomplissement ultime de ses effets.[41]  

Et il poursuit :

Nous ne devons pas être surpris de constater qu’être bien né, avoir reçu une éducation libérale, avoir l’expérience de la bonne société et la connaissance du monde, bref tout ce qui concourt à faire ce que les Anglais appellent ordinairement un gentleman ou, autrement dit, la noblesse (gentlemanlikeness), a pu être, par une coïncidence, un des moyens par lesquels l’Oratoire a agi sur la réforme du clergé et du laïcat à l’époque où il fut établi. Cette noblesse, on peut l’atteindre par la naissance, l’éducation, le milieu ou par d’autres moyens ; c’est encore mieux si elle découle naturellement d’un esprit chrétien ; ce vernis et ce raffinement extérieurs ont peu de valeur morale par eux-mêmes, et pourtant ils tiennent utilement lieu de rhétorique de la conduite à laquelle on peut donner une valeur pour autant qu’elle soit un symptôme et un produit de l’excellence chrétienne.[42]  

Dans l’importante et programmatique conférence capitulaire du 9 février 1848, on retrouve la description de cette caractéristique de l’oratorien telle que Newman la voit dans son expression incarnée pour l’Angleterre et telle que lui, Newman, la vit naturellement : 

[L]a culture de ces qualités semi-éthiques […] qui permettent à l’homme d’agir par lui-même comme membre d’un corps, est le terme de la formation oratorienne. Ses membres sont d’ailleurs pris dans les classes cultivées et les plus raffinées, et l’on trouve plus couramment les vertus en question (c’est-à-dire : allure de gentleman, considération, délicatesse, souplesse d’esprit et les choses semblables) dans ces classes-là que dans d’autres. […] Je ne veux pas dire que les vertus que je viens de mentionner sont nécessairement chrétiennes, mais elles sont chrétiennes chez un chrétien. Quand un esprit chrétien les fait siennes, elles cessent d’être séculières, elles sont sanctifiées par leur possesseur, et deviennent l’instrument du bien spirituel.[43]  

L’ouverture d’esprit et l’éducation du gentleman lui permettent d’être à la fois « calme, rigoureux et souple ».

Cette vision est confirmée dans les Remarques sur la vocation oratorienne de 1856 : cette qualité humaine doit déjà se trouver dans le niveau social, intellectuel ou moral du prêtre qui voudrait se joindre à l’Oratoire. De même que l’Église veille à ce qu’il y ait des prêtres venant de toutes les classes sociales, pour que les ouailles dont ils auront à s’occuper puissent se reconnaître en eux, les prêtres oratoriens 

sont envoyés à la classe supérieure et doivent donc être eux-mêmes de cette classe. Le fait qu’ils ne sont pas de la classe la plus basse […] ressort du fait qu’ils sont ordonnés sur leur patrimoine et vivent de leurs propres moyens. […] Je ne dis pas que tous les Pères de l’Oratoire doivent être de la classe que j’ai dite, ou que plus qu’une minorité a été en fait aristocrate ou de haute éducation […] quelques hommes d’esprit seulement, avec une sensibilité juste et de bonnes manières, suffiront à élever et transformer une communauté.[44]  

Mais Newman se rend compte que cet élitisme aristocrate ne correspond pas tout à fait à la société anglaise vers laquelle doit s’orienter le souci pastoral de l’Oratoire de Birmingham. Une large classe moyenne cultivée a vu le jour avec l’industrialisation et l’urbanisation, et c’est vers elle qu’iront les oratoriens. Il est donc normal que les candidats à la vie oratorienne viennent également de ces classes sociales. Car « la naissance n’est qu’un des éléments seulement qui font un gentleman ». Il suffit donc qu’un prêtre « s’élève au-dessus du niveau de ses frères en éducation libérale et raffinement, et il répondra à la vocation oratorienne »[45].  

L’oratorien ne doit donc renoncer à aucun des acquis réels (naturels ou éducationnels) de sa vie antérieure ; il doit, au contraire, les considérer comme le socle naturel sur lequel va s’édifier son propre chemin de perfection. Cela vaut, bien sûr – et ici Newman pense évidemment à sa carrière universitaire et à celle de ses compagnons – de tout l’acquis intellectuel ou artistique que l’oratorien développera dans la mesure du possible, mais dans les limites de cette « retenue » que supposent tant le comportement d’un authentique gentleman, que la modestie d’une charité qui n’en impose pas aux autres.

Il y revient encore plus loin dans le même texte :

La perfection implique quelque mortification qui est de conseil et non de précepte. Quelle est cette mortification dans notre cas ? Ce n’est pas celle de renoncer aux lettres et aux travaux littéraires, ou au raffinement d’esprit qui en est la conséquence ; ce n’est pas de cesser d’être des gentlemen ou des scientifiques. Au contraire, un certain niveau moral et intellectuel […] est une des caractéristiques de l’Oratoire, en tant qu’institution voulue, et il en est expressément ainsi pour l’Oratoire anglais, pour être au service des classes supérieures.[46]  

On lira, dans cette façon de caractériser l’oratorien, toute la lutte de Newman pour donner sa physionomie propre à l’Oratoire de Birmingham par rapport à celui de Londres. Le départ du Père Dalgairns, l’année même où sont rédigées ces Remarques sur la vocation oratorienne, montre le contexte dans lequel celles-ci sont formulées.

Newman, tout en se défendant de « newmaniser » l’Oratoire qu’il fonde, est bien conscient de modeler une image du vrai oratorien qui correspond à plusieurs critères attachés à sa personne et à son passé (noblesse, hauteur d’esprit, travail universitaire), à sa compréhension des textes fondateurs de l’Oratoire en Italie[47], à la façon dont il interprète le Bref papal qui lui confie la fondation de l’Oratoire en Angleterre[48], mais également à la conscience de l’autonomie de chaque Oratoire par différenciation d’avec les autres et comme une valeur très positive de croissance et de développement.

« Chaque institution vivante a son propre mode de vie, son esprit et son caractère, quelque chose qui lui est propre et n’appartient pas aux autres », dit-il. L’unité, en effet, n’est pas une uniformité, mais le développement de « quantités d’unités distinctes » avec en chacune « un esprit propre ». Cela se voit dans le développement des Ordres religieux : « Deux familles de religieux peuvent se séparer l’une de l’autre, chacun prendra son propre esprit […]. Saint Bernard doit s’éloigner de saint Benoît et fonder sa propre demeure, avant que Benoît et Bernard puissent s’épanouir chacun dans leur propre sens et leur propre esprit »[49].

Cet élitisme avoué et recommandé appelle, de la part de Newman, une extrême vigilance afin que les membres de l’Oratoire qu’il fonde ne tombent pas dans le travers de se croire et de se montrer supérieurs aux autres :

Il faut avoir clairement à l’esprit que des avantages supérieurs d’éducation produiront certainement un certain dédain ou quelque chose qui apparaîtra comme tel, si on n’y prend garde […]. Il y a un très grand danger […] que notre groupe prenne (en partie à juste titre) un caractère de suffisance, de désinvolture, de dilettantisme, d’esprit critique et autres choses semblables, pour avoir négligé de mortifier les tendances qui mènent à ces résultats odieux. […] Modestie, gravité, humanité, gaieté, tranquillité : voilà les qualités qui vont à un oratorien.[50]  

3.  Espace de sanctification : la communauté

Si la « vie commune » est « la mortification suprême »[51], c’est parce qu’elle est précisément l’incarnation de la charité sans laquelle toutes les qualités humaines d’un individu ne peuvent acquérir leur poids d’éternité. On a vu que cette charité n’est pas une abstraction, mais la poursuite de multiples relations personnelles profondes et stables.

Mais une telle profondeur ne peut être atteinte sans l’aide d’un cadre et d’une forme qui seront celles de son incarnation géographique ou topologique. L’oratorien pourra développer ce type de vie communautaire s’il se sait, s’il se sent et s’il est réellement « chez lui » et bien installé, s’il réside effectivement en un lieu précis qui devient son home : un mot tout à fait adapté à la scène anglaise et au statut de gentleman, pour ce que les oratoriens de l’époque de saint Philippe appelaient leur nido (nid) :

Avant tout leur vocation se porte sur un lieu déterminé et, je pourrais dire, sur un groupe particulier […]. Et cette résidence […] n’est pas traitée seulement comme un devoir, mais comme un lien nécessaire de la communauté en l’absence de vœux, promouvant, comme elle fait, un triple attachement au lieu et au voisinage, aux Pères et à sa propre chambre.[52]  

L’image de ce lieu déterminé qui se présente spontanément à l’esprit de Newman, c’est le college d’Oxford :

Je voudrais dire maintenant en un mot ce que je connais de réellement plus approchant d’une Congrégation oratorienne : le Collège dans les Universités anglicanes. […] La Congrégation doit être le foyer (home) de l’oratorien […] cette idée se trouve dans un des deux décrets dits immuables de la Règle oratorienne […]. Des visages familiers, une stimulante courtoisie, la fréquentation quotidienne, la connaissance des habitudes de chacun, l’amour mutuel, qu’est-ce d’autre que la description d’un foyer (home) ? […] Mais il faut encore ajouter autre chose : un oratorien a ses propres chambres et ses propres meubles ; et, […] sans être luxueux, ils doivent être de nature à ce qu’il s’y attache. Ils ne créent pas une cellule, mais un nid. L’oratorien doit avoir ses affaires autour de lui, ses livres et ses quelques biens propres. En un mot, il doit avoir ce qu’un anglo-saxon appelle par un mot spécifique : le confort (comfort). Et ce qui vaut individuellement pour chaque membre de la communauté doit valoir pour toutes les autres parties d’un établissement oratorien. L’église doit être cossue, les liturgies doivent être célébrées avec exactitude et (si possible) avec faste, la sacristie doit être grande et richement équipée […] le réfectoire ne pas être inférieur aux espaces sacrés et la table doit être abondante et de qualité. Mesquinerie, misère, austérité, isolement, sévérité sont mots inconnus dans une maison oratorienne.[53]  

Mais ce sentiment de confort, de « chez soi », doit pouvoir être ressenti jusque dans la façon d’utiliser les bâtiments. Newman le dira à l’occasion de l’implantation définitive à Edgbaston :

Cette grande Maison est en un certain sens un sujet de l’Oratoire et doit passer par son noviciat avant qu’on puisse dire réellement qu’elle nous appartient. Bien plus, puisque la Congrégation doit se développer à l’intérieur de cette Maison comme dans son enveloppe extérieure ou son coquillage, un processus correspondant doit également être entrepris par nous-mêmes avant que nous puissions être considérés comme implantés ici, en ce sol […] nous avons à mettre les choses en ordre […], à trouver une place pour chacun et chaque chose et à nous sentir chez nous. Nous avons à arranger les salles publiques et privées, la bibliothèque, le réfectoire, la sacristie, l’oratoire, les salles de récréation et de communauté, les corridors, les caves […] et puisque saint Philippe vous a donné une bonne maison, que tout un chacun fasse de son mieux pour la garnir de bons locataires et pour l’orner d’un attrait visible et d’une beauté morale.[54]  

Et cette incarnation dans le home familier est confortée par le principe de résidence permanente : « Le seul principe dans toute activité est de rester proche de la maison (home) »[55]. En énonçant ce principe, Newman se rend parfaitement compte que son Rectorat à Dublin est en contradiction formelle avec cette caractéristique de l’oratorien, et il en souffre : « ma propre situation actuelle à Dublin est clairement incompatible avec l’Oratoire et je ne l’aurais pas assumée si j’avais été laissé à moi-même »[56].   

Même conscience à propos du Réfectoire de la maison oratorienne. Au moment où la petite communauté en prend possession à Edgbaston, en février 1854, Newman attire l’attention sur la signification de ce lieu sur le chemin de sanctification propre à l’oratorien :

C’est un événement d’un intérêt qui nous est plus intime que l’ouverture de notre église ; car notre église appartient à notre travail, mais notre réfectoire nous appartient à nous […]. Il n’est pas exagéré de dire qu’il a un caractère religieux et peut être appelé une sorte de chapelle domestique […] notre repas n’est pas un repas comme les autres […] c’est le moment d’une rencontre pour nous, jour après jour […] pour prendre place […] à ce grand sacrement naturel qui est reconnu par l’économie Patriarcale, par la Loi de Moïse et par l’Évangile. Il nous enseigne à renouveler en notre propre temps le festin d’Abraham […] la fête juive des Tabernacles et l’Agape Apostolique ou fête de la charité.[57]  

Avec soin, Newman a d’ailleurs préparé et dédicacé de sa main un recueil d’extraits d’une vie de saint Philippe à lire au réfectoire « pour chaque jour de l’année »[58].

C’est là, dans l’attachement viscéral à ce home, le creuset où se fond, jour après jour, la Santa Comunità[59].

4.  La sanctification du temps : la perfection de l’instant, dans la durée

Si le home oratorien est le lieu de la sanctification spatiale de l’oratorien, la persévérance dans une perfection de chaque instant est la réalisation de cette sanctification dans le temps, dans la durée.

Et tout d’abord le temps n’appartient plus à l’oratorien dans la mesure où sa personne est tout entière donnée à sa communauté. Il n’a donc pas le droit de gaspiller ce temps :

le gaspillage le plus grand et le plus élémentaire dont nous sommes coupables est un gaspillage de temps ou ce qu’on appelle l’oisiveté […] nous devons, au début de chaque journée, si nous voulons être de bons fils de saint Philippe, nous remettre en mémoire que notre temps ne nous appartient pas, que c’est le sien et, dans l’offrande habituelle de nous-mêmes et de tout ce que nous sommes tout au long du jour pour Dieu, de nous souvenir que notre temps vient en premier lieu et qu’il est le don le plus sûr que nous avons à offrir.[60]  

C’est dans cette perspective qu’il faut lire ici la merveilleuse conception de Newman déjà exprimée dans la conférence du 11 décembre 1850 et reprise ensuite sous une forme un peu différente dans la conférence du 27 septembre 1856 (qui paraîtra également dans le recueil des Meditations and Devotions en 1893) : est parfait celui qui accomplit parfaitement sa tâche quotidienne !

L’autre remarque que je voulais faire est que nous n’avons pas besoin d’aller trop vite[61] […] et le second précepte des guides religieux […] est donc celui-ci : si nous voulons tendre à la perfection, nous devons accomplir convenablement les devoirs de chaque jour. Je ne connais rien de plus difficile, de plus sérieux, de plus astreignant que la tension constante pour passer les jours ordinaires à œuvrer convenablement. Se lever à l’heure exacte, donner le temps prévu à la prière, méditer avec dévotion, assister à la messe avec attention, être réfléchi dans la conversation, tout cela et d’autres observances semblables accomplies consciencieusement chaque jour fait déjà d’un homme, comme on le dit souvent, la moitié d’un saint, sinon un saint.[62]  

Voici ce que cela devient six années plus tard :

Au dire de nombreux saints, si nous voulons être parfaits, nous n’avons rien d’autre à faire que d’accomplir correctement nos devoirs quotidiens ordinaires. Voilà une bien courte règle de perfection. Courte, non parce que facile, mais parce que pertinente et compréhensible. Il n’y a pas de raccourcis vers la perfection, mais il y a des chemins sûrs. […] 

Celui-là donc est parfait qui accomplit parfaitement sa tâche quotidienne, et nous n’avons pas à aller plus loin que cela pour chercher la perfection. Vous n’avez pas besoin de sortir du cercle du quotidien. Nous sommes parfaits si nous accomplissons parfaitement nos devoirs comme membres de l’Oratoire.

J’insiste là-dessus, parce que je pense que cela simplifiera notre vision et fixera nos efforts sur un but précis. Si vous me demandez ce que vous devez faire pour être parfaits, je dirai d’abord : ne restez pas au lit au-delà de l’heure prévue pour le lever ; que vos premières pensées aillent à Dieu ; faites une bonne méditation ; célébrez ou assistez à la Messe et communiez avec dévotion ; faites une bonne action de grâces ; dites avec soin toutes les prières que vous êtes tenu de dire ; dites l’office attentivement ; faites le travail du jour quel qu’il soit avec diligence et pour Dieu ; faites une bonne visite au Saint Sacrement. Dites l’Angélus dévotement ; mangez et buvez à la gloire de Dieu ; récitez bien le Rosaire ; soyez recueillis ; écartez les pensées mauvaises. Faites bien votre méditation du soir ; examinez-vous sérieusement vous-mêmes. Allez-vous coucher à une heure raisonnable, et vous voilà parfaits.[63]  

Cette conception de la perfection comme la réalisation, à chaque instant, de façon parfaite, de ce que l’on a à faire, va se retrouver dans les Remarques sur la vocation oratorienne tant dans le brouillon que dans le texte définitif du 18 août 1856 : « Est parfait, essentiellement, celui qui accomplit parfaitement les devoirs quotidiens »[64]. – « Est parfait, celui qui fait son devoir d’état quotidien, parfaitement »[65].  

5.  L’humilité

J’ajouterai, enfin, ce dernier trait comme caractéristique, peut-être plus vécue que décrite ou conseillée par Newman, mais qui se manifeste de différentes façons à travers ses écrits oratoriens.

Il décrit le groupe des oratoriens comme un groupe « sans prétention et désarmé […] ce qui implique que nous soyons tous d’un même esprit »[66]. Ce caractère « désarmé » s’exprime notamment dans l’exercice du pouvoir au sein de l’Oratoire : même le Supérieur se doit d’obéir au Portier […] et ainsi de suite[67].

On a déjà rappelé la conférence du 17 juin 1848 dans laquelle il met en garde les Pères de l’Oratoire contre toute forme de « hauteur », de « dédain », d’expression de sa supériorité. Dans ce contexte, il ajoute :

Ne soyez pas seulement humbles, mais donnez à votre humilité une forme telle que, sans que vous en ayez l’intention, les gens puissent en être touchés. Ne vous mettez pas vous-mêmes en avant, ne parlez pas beaucoup devant les autres, ne polémiquez pas beaucoup […]. Méditez sur l’odieux du snobisme, du dilettantisme, de l’arrogance […].[68]  

Pour cela il faut avoir le courage de ne pas se fier à soi seul :

ne pas agir par soi-même, ne pas être son propre directeur, ne pas nous risquer à tendre à la perfection sans quelqu’un de bien précis auquel nous donnons obéissance réellement et en détail. Je ne puis imaginer de risque plus dangereux […] que celui de tenter d’être un saint sur son propre capital, si l’on peut dire, grâce à sa propre conduite et sa propre sagesse.[69]  

Newman voit la possibilité d’aller en prison dans le procès Achilli comme une excellente occasion de se sanctifier : « Quand cela me tomba dessus en août dernier, que je pouvais aller en prison, je me suis dit involontairement : Bon, si c’est comme cela, je pourrais en ressortir saint ». Mais il doit se rendre à l’évidence qu’il n’y a jamais eu, pour lui, une épreuve extérieure « offrant moins de possibilités de progrès spirituel que dans le cas présent »[70].

Et, dans l’épisode du renvoi de l’Oratoire, inélégant, voire injustifié, d’un Frère en l’absence du Supérieur (Newman), il commence par souligner qu’il ne s’agit que de son opinion personnelle mais qu’il croit devoir dire ce qu’il pense « sans empêcher les autres […] de garder sur ce sujet des vues contraires aux miennes »[71].

Cette humilité va se développer avec l’âge. Et quand il parle aux novices en 1858, il avoue :

À de nombreux moments de ma vie, et maintenant encore, j’ai fait des tas de choses pour lesquelles je me sens totalement incapable […] ma conviction absolue et nette […] considérant mon âge [il n’a encore que 57 ans], mes possibilités et qualités diverses, est que je suis de très loin inférieur à chacun d’entre vous.[72]  

Et nous le verrons faire, dans ces mêmes années, un long examen de conscience pour savoir s’il doit reprendre l’humble tâche de disponibilité pour entendre les confessions à l’église, séances de confessionnal qui semblent très lourdes pour lui « parce que j’ai une répugnance pour cela »[73]. Humblement il reprendra ce service qui lui pèse.

S’agit-il probablement ici déjà de la sainteté personnelle de Newman et non d’une caractéristique spécifique du chemin de sainteté oratorien comme on pourrait le trouver dans le chapitre 7 de la Règle de saint Benoît, entièrement consacré à l’humilité ?

Nous rejoignons en tout cas sur ce point ce que l’on disait en commençant : Newman n’a pas seulement prêché ces chemins spécifiques de la sainteté oratorienne, il les a vécus et parcourus de façon exemplaire.

Cette humilité est le signe de cette intériorisation de la loi qui doit faire des disciples de saint Philippe Neri des « lois vivantes »[74], la perfection concrète de la vie (sa « vérité », en langage biblique) rendant inutile toute forme d’armure de légalisme[75]. C’est en ce sens que l’oratorien, selon Newman, se présente comme un humain « désarmé » !

Conclusion

Newman a été un bon prêtre selon l’image qu’il se faisait de la cure d’âme. Le sacerdoce et ses exigences sont le lieu vocationnel premier et le cadre fondamental dans lequel va se dérouler la quête de perfection évangélique de Newman. Ce lieu vocationnel, il le découvre dès ses « conversions » anglicanes : cure d’âme, prière privée et liturgie, célébration eucharistique, prédication, souci d’évangélisation de l’intelligence et de la culture (et donc de l’éducation).

Mais cette vocation sacerdotale et pastorale, au-delà de l’expérience et de l’idéal de vie commune dans un collegeoxonien, puis d’une tentation de vie religieuse sur le mode pénitentiel et monastique à Littlemore, va trouver son expression dans la création d’un Oratoire anglais dont Newman façonnera le type sur base d’une assimilation très personnelle du modèle suscité par saint Philippe Neri dans l’Italie du XVIsiècle. 

Dès la période du choix de la vocation oratorienne, il a témoigné d’une très délicate attention et affection envers tous les compagnons qu’il entraînait dans ses décisions. Et il a vécu cette affectueuse charité jusqu’à souffrir de ce qu’il a pu considérer comme des indélicatesses de ses proches, mais en faisant toujours la différence entre la faute ou l’erreur du confrère et la personne de celui-ci à laquelle il conservait toute son amitié (comme ce fut le cas lors du départ du Père Dalgairns).

Il a vécu comme un gentleman qu’il était ; et il consacra la majeure partie de son activité apostolique à la réflexion et à la diffusion de sa pensée pour aider l’Église de son temps à l’exemple des grands oratoriens de l’époque de saint Philippe Neri.

Comme fondateur et premier Supérieur de l’Oratoire de Birmingham, il donne sa physionomie locale à la maison d’Edgbaston à laquelle il fait faire son « noviciat oratorien » ! Et il fait front, au jour le jour, à toutes les exigences pratiques d’une vie commune, d’une vie de prière, de recherche et d’apostolat. Il confirme ainsi, par l’humble vérité du quotidien, ce qu’il tente avec persévérance d’inculquer comme esprit à ceux avec lesquels il partage sa vie.

La sainteté pour Newman et de Newman sera la déclinaison, au quotidien, dans les grandes comme dans les petites choses de la vie, du double lieu vocationnel (sacerdoce et vie commune) de l’oratorien. Il en précise, avec une grande rigueur intellectuelle et un grand équilibre moral, les bases, les principes, les écueils, les défis, à travers les documents fondateurs de l’Oratoire d’Angleterre et à travers ses interventions comme membre et premier Supérieur de cet Oratoire durant plus de quarante ans (1848-1890).

En toute cette expérience, c’est la vie religieuse de l’époque apostolique qu’il tente de vivre et de faire revivre, comme saint Philippe en son temps… et comme dans beaucoup de mouvements de renouveau religieux tout au long de l’histoire du christianisme. Une vie religieuse dont le monachisme, dans ses origines et comme matrice et modèle des autres formes de vie consacrée en Occident, obscurcira peut-être l’essentiel par son accentuation de l’ascétisme, du ritualisme et du silence encapsulés dans une armure de vœux, occultant ainsi malheureusement le primat de l’humble, réaliste et effective charité interpersonnelle, fondement et terme de toute vie authentique de « ressuscité » en Christ. En rappelant également cela à la chrétienté et plus particulièrement aux différentes formes de vie religieuse qui ont fleuri en Occident, Newman se montre, à l’exemple des Pères de l’Église, un Docteur de l’Église pour son époque et pour notre temps.


[1] Placid Murray, Newman the Oratorian, Dublin, Gill and Macmillan, 1969, 500 p. (réimprimé chez Gracewing, Leominster, 2004). Notre traduction a paru sous le titre : John Henry Newman, Écrits Oratoriens, Paris, Lethielleux (Groupe DDB), novembre 2010. Sauf indication contraire, nous renvoyons à cette édition.

[2]  C’est de cette façon que Newman se proposait de rejoindre saint Philippe Neri dans l’essai biographique publié dans les Écrits Oratoriens, n° 17, p. 255ss.

[3]  Un parcours rapide du dernier volume des Lettres and Diaries, tome XXXII, nous a permis de noter plus de 50 passages que l’on pourrait exploiter pour éclairer la vie oratorienne telle que vécue par J. H. Newman. 

[4]  Paul Vaiss, Newman, sa vie, sa pensée et sa spiritualité. Première période, Paris, L’Harmattan, 1991.

[5]  Voir ses publications dans les Études Newmaniennes, et leur présentation en volume : John Henry Newman, Saint Philippe Neri, Ad Solem, 2010, 253 p.

[6]  Keith Beaumont, « Newman et l’Oratoire », in Études Newmaniennes, n° 18, 2002, p. 7-68.

[7]  Le départ du P. Bernard Dalgairns en 1856 fait encore partie de cette « mise au point » : voir Écrits Oratoriens, n° 27.

[8]   Malgré son intérêt, le document n° 17, Fragment d’une vie de saint Philippe, donne, dans l’anthologie rassemblée par le P. Murray, un goût de trop ou de trop peu ; et il est heureux que l’on ait rassemblé l’ensemble des écrits de Newman sur saint Philippe … ce que je me serais proposé de faire en complément de la sélection du P. Murray si cela n’avait été très bien fait entre temps ! On peut faire une remarque analogue à propos de l’homélie de Newman pour la profession religieuse de Mary Ann Bowden (Écrits Oratoriens, n° 18) : elle a été choisie dans la sélection du P. Murray uniquement pour illustrer la vision de Newman sur le célibat consacré. Un point dont Newman parle peu dans ses conférences capitulaires car il fait partie, à ses yeux, du profil général du « bon » prêtre et ne constitue donc pas une caractéristique de l’Oratoire.

[9]  Placid Murray, op. cit., p. 3-129. Voir également la remarque faite à la note précédente sur le célibat consacré.

[10]  « Premièrement, ses membres sont des “prêtres séculiers” ; deuxièmement, “vivant en communauté”. L’Oratoire c’est cela, rien de plus, rien de moins … » (Écrits Oratoriens, n° 25, p. 290).

[11] « Je vais d’abord m’étendre quelque peu sur le fait que nous soyons des prêtres séculiers, et voir comment nous nous présentons quand on nous regarde comme tels » (Écrits Oratoriens, n° 25, p. 293).

[12] Le P. Placid Murray, dans une conférence donnée à la communauté oratorienne de Birmingham en 1970, caractérisait la vie oratorienne selon Newman par quatre traits : 1. un certain sens de la vie en communauté ; 2. une façon d’exercer l’autorité et de concevoir l’obéissance ; 3. une pastorale du sacrement de confession ; 4. une institution catholique qui équilibre recours à la Bible et nouvelles dévotions.

[13]  Voltaire, L’Homme aux 40 écus, in Romans et contes, Paris, 1768, Londres, 1789 (p. 223).

[14]  Écrits Oratoriens, n° 6, 9 février 1846, p. 187-188.

[15]  Écrits Oratoriens, n° 6, 9 février 1846, p. 191.

[16]  Écrits Oratoriens, n° 6, 9 février 1846, p. 192.

[17]  Écrits Oratoriens, n° 8, p. 203.

[18]  Écrits Oratoriens, n° 8, p. 204.

[19]  Écrits Oratoriens, n° 8, p. 204.

[20]  Écrits Oratoriens, n° 8, p. 204-205.

[21]  Écrits Oratoriens, n° 8, p. 205.

[22]  Écrits Oratoriens, n° 8, p. 205.

[23]  Écrits Oratoriens, n° 8, p. 205.

[24]  Écrits Oratoriens, n° 8, p. 205.

[25]  Écrits Oratoriens, n° 8, p. 206. 

[26]  Écrits Oratoriens, n° 8, p. 206.

[27]  Écrits Oratoriens, n° 8, p. 206.

[28]  Écrits Oratoriens, n° 8, p. 206.

[29]  Écrits Oratoriens, n° 8, p. 207. 

[30]  Écrits Oratoriens, n° 9, p. 210-211.

[31]  Écrits Oratoriens, n° 9, p. 211. 

[32]  Écrits Oratoriens, n° 18, p. 254. Cette façon sponsale et christologique de comprendre la « relation à la sexualité » (une expression inexistante à l’époque de Newman) dans une vie consacrée explique l’erreur d’interprétation faite par John Cornwell quand, dans son chapitre sur l’amitié entre J. H. Newman et Ambrose St John, il fait soupçonner une relation de type homosexuel entre les deux oratoriens (voir Newman’s Unquiet Grave. The Reluctant Saint, Continuum, 2010, chap. 19 « Connubium in Death », p. 230-240).

[33]  Écrits Oratoriens, n° 22, p. 270, 272. 

[34]  Écrits Oratoriens, n° 24, p. 278-279. 

[35]  Écrits Oratoriens, n° 24, p. 279. 

[36]  Écrits Oratoriens, n° 25, p. 303. 

[37]  Écrits Oratoriens, n° 31, 20 février 1858, p. 339. 

[38]  Écrits Oratoriens, n° 35, p. 357.

[39]  Bien qu’appliquée plus directement au mode de gouvernement dans l’Oratoire tel que Newman le découvre à Rome dans les textes de référence de l’Oratoire (Écrits Oratoriens, Appendice n° 1, Santa Croce Papers, Rédaction finale, p. 369), cette expression nous semble symbolique de la spécificité oratorienne pour l’ensemble du chemin de sanctification tel que Newman le présente et le vit. Dom Placid Murray l’avait déjà bien perçu en intitulant la conférence qu’il fit à la Communauté de Birmingham sur ce sujet « The Silken Thread » (The Furrow, 1970, p. 93-97). 

[40]   Écrits Oratoriens, n° 2, p. 143. Le même jour il écrit des propos très semblables à Dalgairns et à Wiseman, voir Letters and Diaries, t. XI, p. 40-44.

[41]  Écrits Oratoriens, n° 5, p. 175-176.

[42]  Écrits Oratoriens, n° 5, p. 176. 

[43]  Écrits Oratoriens, n° 6, p. 195-196. 

[44]  Écrits Oratoriens, n° 25, p. 294-295. 

[45]  Écrits Oratoriens, n° 25, p. 296.

[46]  Écrits Oratoriens, n° 25, p. 302.

[47]  Les textes publiés en appendice de son édition par le P. Placid Murray constituent, pour la plus grande part, des notes prises par Newman lors de son séjour romain pour s’informer, avec le soin critique qu’on lui connaît, de l’esprit et de l’histoire de l’Oratoire. Ces notes seront le réservoir où il puisera sans cesse, par la suite, ses références à l’esprit oratorien. Il appelle lui-même ce dossier les Santa Croce Papers. 

[48]  Le Bref de Pie IX du 26 novembre 1847 est publié par Murray comme Appendice n° 2 des Écrits Oratoriens, p. 386-391.

[49]  Écrits Oratoriens, n° 31, p. 340-342. On notera en passant le grand intérêt ecclésiologique de cette vision de Newman. Elle pourrait être au cœur de tous les œcuménismes !

[50]  Écrits Oratoriens, n° 7, p. 201. 

[51]  Écrits Oratoriens, n° 25, p. 307.

[52]  Écrits Oratoriens, n° 25, p. 304-305. 

[53]  Écrits Oratoriens, n° 5, p. 177-178.

[54]  Écrits Oratoriens, n° 20, p. 264-265.

[55]  Écrits Oratoriens, n° 24, p. 288. 

[56]  Écrits Oratoriens, p. 282.

[57]  Écrits Oratoriens, n° 21, p. 266.

[58]  Écrits Oratoriens, n° 16, 16 janvier 1853.

[59]  Écrits Oratoriens, n° 31, p. 343.

[60]  Écrits Oratoriens, n° 26, p. 319-320. 

[61]  Faut-il entendre ici l’écho du « one step enough for me » du Lead, Kindly Light ?

[62]  Écrits Oratoriens, n° 10, p. 216. 

[63]  Écrits Oratoriens, n° 28, p. 330-331.

[64]  Écrits Oratoriens, n° 24, p. 277. 

[65]  Écrits Oratoriens, n° 25, p. 291. 

[66]  Écrits Oratoriens, n° 31, p. 345. 

[67] « Le Supérieur lui-même […] quand les circonstances le demandent, [doit] obéir au Préfet des Sermons, au Sacristain, au Portier, et au Cuisinier » (Écrits Oratoriens, n° 25, p. 315).

[68]  Écrits Oratoriens, n° 7, p. 201.

[69]  Écrits Oratoriens, n° 10, p. 215. 

[70]  Écrits Oratoriens, n° 14, p. 226.

[71]  Écrits Oratoriens, n° 15, p. 227.

[72]  Écrits Oratoriens, n° 31, p. 339-340.

[73]  Écrits Oratoriens, n° 33, p. 348-349. 

[74]  « Saint Philippe constitua donc une communauté, en tout cas sans vœux et presque sans Règle ; ce faisant, il visait […] à former par contre en ses disciples un certain caractère » (Écrits Oratoriens, n° 6, p. 189). 

[75]  Écrits Oratoriens, p. 188-189.

Association Francophone des Amis de Newman